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Marie Elisabeth Joly

Née à Versailles, le 8 avril 1761, Marie Elisabeth Joly était la fille d'un tailleur de théâtre, qui jouait accessoirement dans des comédies, avec son épouse. Elle n'eut donc aucune difficulté à s'adapter au monde des planches.
À 7 ans déjà, elle jouait "Louison" dans le "Malade Imaginaire".
Les spectateurs, qui voyaient déjà en elle, une grande comédienne, l'acclamaient tous les soirs et l'on parlait déjà de la finesse de son interprétation, de son espièglerie et de sa vive intelligence. Tout en suivant une école de théâtre, elle apprenait la danse, le chant et la musique ; perfectionnait son maintien et son élocution. Élève très assidue et sérieuse, elle devint vite une actrice accomplie et effectua alors plusieurs tournées en province avec une troupe, celle de Montausier, dans les principales villes du royaume, dont Caen. Le duc d'Harcourt subventionnait ce groupe d'acteurs.
Elle eut alors de nombreux soupirants, mais en trouva un plus fervent à Caen, qu'elle épousa : M. Nicolas Fouquet Dulomboy, Capitaine de Cavalerie, Chevalier de l'Ordre de Malte de Saint-Louis, Maire de la commune de Tassilly-Saint-Quentin, et propriétaire du manoir de Poussendre, commune de Tassilly.
On disait alors d'elle que, sans être belle réellement, elle était gracieuse, jolie et possédait un visage très fin, expressif ainsi qu'une très belle chevelure.
Son jeu, quant à lui, était qualifié de mutin, futé, enjoué, naturel et varié. Elle se produisait dans beaucoup de rôles de soubrette, ce qui fit dire à M. Révarol, le brillant et fameux publiciste de la révolution : "C'est elle seule qui me fait trouver dans Molière tout ce que j'y trouve quand je le lis".
Elle abordait avec non moins de talent les grands premiers rôles des tragédies et de comédie.

Marie Elisabeth Joly Captinainedulomboy
 

Sociétaire de la Comédie Française...Engagée comme danseuse à la Comédie Française, elle n'y avait débuté en qualité d'actrice qu'à l'âge de 20 ans. Elle y joua ....................

Sociétaire de la Comédie Française
Engagée comme danseuse à la Comédie Française, elle n'y avait débuté en qualité d'actrice qu'à l'âge de 20 ans. Elle y joua "Dorine" de Tartuffe, "Toinette" du Malade Imaginaire, "Martine" des Femmes Savantes, "Nicole" du Bourgeois Gentilhomme.
Devenue sociétaire de la Comédie Française, le 27 mars 1783, elle interpréta quelques tragédies dont le rôle de "Constance" dans Inès de Castro, du poète portugais Ferreira. En janvier 1785, elle joua devant la Cour à Versailles, et la Reine la félicita.

 

Un salon très fréquenté
Son érudition et son talent attirèrent à son salon des hommes très célèbres, comme Beaumarchais, Bernardin de Saint-Pierre, les abbés Delille et Barthélemy, les poètes Lebrun, Chénier et beaucoup d'autres noms des Lettres et des Arts.
M. Dulomboy, fort jaloux, interdit sa maison à M; Fabre d'Églantine, l'auteur de "Il pleut, il pleut Bergère", les assiduités de celui-ci envers sa femme, lui ayant déplu, et alla même plus loin en organisant des cabales pour faire tomber ses pièces. Fabre d'Églantine se vengea. Sa position de secrétaire de Danton, lui permit de faire arrêter Mme Dulomboy.
En 1790, elle affronta "Athalie" de Racine et y obtint un immense succès.
Les gazettes de l'époque ne tarissaient pas d'éloges et l'on retrouvait souvent les noms de Thalie, muse de la comédie, représentée avec un masque et une guirlande de lierre, et de Melpomène, muse de la tragédie.
 Marie-Joly-Dulomboy était, malgré tout, restée très simple et son rôle d'épouse et de mère passait avant toute autre chose.
Elle fuyait le bruit et aimait par-dessus tout se retrouver dans le manoir de Poussendre, pour y passer d'agréables vacances avec son mari et ses enfants. Elle adorait Jean-Jacques Rousseau et vint en pèlerinage avec sa famille sur la tombe de ce dernier. Elle y déposa une magnifique couronne de bronze.

"Aux mânes de Jean-Jacques Rousseau"
Marie Joly, épouse et mère, 1788"
De cet endroit, on découvre au Nord, la plaine de Caen, et au sud, les alentours verdoyants de Falaise. A pic, se trouve la magnifique gorge de la Brèche au Diable.
Le 3 juin 1798, une foule immense assistait aux obsèques de l'actrice. M. Poupinet, sous-préfet de Falaise prononça une très belle oraison funèbre. Le catafalque, entouré des autorités et de la Garde Nationale, disparaissait sous les fleurs. La cérémonie, dit-on, fut très émouvante. M. Dulomboy, éploré, était accompagné de ses 5 enfants, dont le plus jeune était dans les bras de sa nourrice. La foule en larmes et le déroulement des obsèques rendaient le site très impressionnant et d'une beauté sévère
L'enceinte du tombeau
Plusieurs mois après, M. Dulomboy fit ériger le monument qui y est actuellement par l'artiste qui édifia celui de Jean-Jacques Rousseau : Lesueur.
Sur la face est, Marie Joly est représentée en grandeur nature, allongée sur le côté. Sur la face ouest, M. Dulomboy fit graver une épitaphe :

" Ci-gît : Marie Elisabeth Joly, femme Dulomboy, la meilleure des mères, la plus douce et la plus sensible des femmes, la plus tendre des épouses. Amante de la nature, artiste célèbre, elle décéda à Paris, le 16 Floréal an VI (5 mai 1798), âgée de 37 ans 
Hommes, respectez sa cendre"
Aux côtés du monument, se trouvent deux pilastres ornés de figurines en pied : Thalie versant des pleurs et Malpomène tenant un livre. Sur des colonnes et des pierres éparses, Fouquet Dulomboy fit graver vers et citations que lui inspiraient la douleur. Quelques unes, gravées trop légèrement, ont aujourd'hui disparu. M. Gaëtan Dulomboy, tailleur à Elbeuf, petit-fils du mari de l'actrice, fut un des derniers à les voir lors de sa visite, en 1855.
 
Source : Agnès Bouchard
Publié par les "Nouvelles de Falaise", le 20 juillet 1979.
 
 

Vers une fin malheureuse
Malheureusement, elle allait connaître ensuite de sombres jours de douleurs physiques et morales. Soupçonnée de royalisme, dénoncée par Danton, elle est enfermée durant 5 mois à Sainte-Pélagie, avec d'autres artistes de la Comédie Française. À peine sort-elle de prison que sur une autre dénonciation d'un général révolutionnaire, contresignée par deux jacobins, Marie Joly se retrouve derrière les barreaux, avec Mme Devienne qui la "doublait" en français. Son mari, avec quelques amis, parvint à la faire libérer définitivement, avec promesse qu'elle jouerait au Théâtre de la république.
Malheureusement, après une période calme, les soucis recommencèrent. Un travail intense, de nombreuses émotions, cinq accouchements, quelques accidents secondaires et une poitrine délicate finirent d'ébranler la santé de Mme Dulomboy.
Les représentations au théâtre se firent plus rares et elle se consacra à l'éducation artistique de ses enfants. Malgré tout, son grand courage ne put vaincre la maladie et Marie Joly mourut d'une maladie de poitrine, le 5 mai 1798, entourée des siens, en son domicile rue Saint-Honoré à Paris. Elle avait 37 ans.

 

Un dernier hommage
La mort prématurée de Marie Joly consterna le monde du théâtre et la région de Saint-Quentin, où elle était fort connue et appréciée. Les gazettes et journaux littéraires de l'époque firent son apologie, parmi eux M. Révarol.
À l'arrivée de son cercueil à Saint-Quentin, la Garde Nationale de Potigny présenta les armes et rendit les honneurs. La bière resta durant un mois dans la petite église, en attendant que le tombeau fût creusé. M. Dulomboy, choisit le point le plus élevé de la montagne, selon le désir de sa chère disparue.

Source : Agnès Bouchard
Publié par les "Nouvelles de Falaise", le 20 juillet 1979.
 

 

 
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